Les dommages de la Grande guerre aux Archives départementales

Une source nouvelle vient enrichir le matériau de l’histoire de l’actuel département de la Seine-Saint-Denis pendant la première guerre mondiale. Il s’agit du fonds des dossiers de demandes d’indemnisations de dommages traités par les commissions cantonales.

La région parisienne n’avait pas été épargnée par les dévastations de la Grande guerre, qu’elles soient le fait de la mise en place préventive du dispositif défensif autour de la capitale, des bombardements allemands ou des accidents provoqués par l’accumulation d’armements dangereux, comme la tragique explosion du dépôt de La Courneuve le 15 mars 1918.

La loi du 17 avril 1919 fixa l’organisation des commissions cantonales d’évaluation ainsi que les conditions de remboursement des dommages. La réparation était intégrale et n’était soumise à aucune obligation d’utilisation ou de reconstruction à l’identique, ni à aucune prescription en matière d’urbanisme.

Les dossiers traités par les commissions cantonales d’indemnisation de l’actuelle Seine-Saint-Denis ont été classés par Marie-Astrid Manclé, étudiante de l’université Paris-VIII, et un inventaire de ce fonds, coté 10R1, a été réalisé. 1500 dossiers provenant de 27 communes du nord-est parisien y sont décrits de manière très détaillée.

Les dommages déclarés reflètent partiellement ce qu’était l’habitat des habitants de ces communes. Si les bris de vitre dus aux déflagrations sont les atteintes les plus fréquentes, on relèvera aussi les types de bâtiments occupés, leur plan de construction et les matériaux employés. En particulier, les occupants de la Zone - zona non aedificandi bordant les fortifications - ont vu leurs constructions rasées par l’autorité militaire, mais il est possible que seuls les zoniers légaux, souvent petits propriétaires de pavillons, aient pu mener une demande d’indemnisation à son terme.

Les dossiers éclairent de nombreux aspects de l’activité économique à cette époque. Les demandes relatives à des destructions de cultures, de serres et d’arbres révèlent l’importance des activités maraîchères et agricoles. L’industrie et le commerce sont également représentés : le département accueille des sociétés de métallurgie, de mécanique et d’électricité, et des entreprises de transport et de commerce y ont leurs entrepôts. Des associations sportives - football, gymnastique - demandent également réparation. Enfin, le propriétaire d’un théâtre réclame dédommagement : il a pour nom Georges Méliès.

Le détail des dossiers et les documents photographiques rendent ce fonds précieux et utile à qui voudra écrire l’histoire de l’est parisien au début du XXe siècle.


Antoine Brand
Archives départementales

EN IMAGES